Entretien avec Maurice Olender
Dans « La Librairie du XXI e siècle », on lit des ouvrages d’histoire mais aussi des récits, des essais et même de la poésie quand vous publiez Paul Celan. Cette ouverture à des horizons divers répond-elle à une histoire propre ou s’explique-t-elle par la force des choses ?
MAURICE OLENDER : «La force des choses», peut-être, sans doute, mais de quoi s’agit-il ? J’ai toujours eu le sentiment d’être la résultantede mes incapacités. C’est parce que je n’étais capable ni de ceci ni de cela que j’en suis venu non pas à choisir un itinéraire, mais à emprunter les seules voies qui me semblaient praticables. Depuis les romantiques, on veut tout expliquer par l’enfance. Les choses sont peut-être moins simples. Les constructions qui font d’une existence ce qu’elle devient importent sans doute autant sinon plus que cette «enfance » – car l’enfance n’est-elle pas d’abord un lieu imaginaire de recompositions incessantes ?
DERNIERE PARUTION : Jean-Frédéric Schaub : Oroonoko. Prince et esclave
Oroonoko, prince guinéen d’une grande beauté, finit se vie chevaleresque comme esclave dans une plantation du Surinam dans les années 1660. La voix qui chante sa geste tragique est celle d’Aphra Behn (1640-1689), célèbre dramaturge anglaise, fidèle soutien du roi Jacques II, à la veille de la Glorieuse Révolution.
Ce roman anglais du XVIIe siècle concentre en lui un grand nombre de nos curiosités contemporaines. L’essai de Jean-Frédéric Schaub ne cède pas à la tentation de tirer la lecture du côté du féminisme et de l’abolitionnisme, et moins encore des Lumières ; au contraire, il souligne ce qui dans ce roman fiévreux concentre les anxiétés et les ambivalences nées de l’expansion européenne depuis la Renaissance. Si l’univers d’Aphra Behn s’accomode de l’esclavage et d’une conception hiérarchique de la société, il ne repose pas sur le racisme, ni d’ailleurs sur le sexisme.
La complexité de ce moment de l’histoire culturelle européenne qu’est le premier âge moderne anglais se trouve éclairée à partir de sa dimension coloniale.
AUTEURS
Sylviane AGACINSKI – Giorgio AGAMBEN – Henri ATLAN – Marc AUGE – Jean-Christophe BAILLY – Marcel BENABOU – R.Howard BLOCH – Remo BODEI – Ginevra BOMPIANI – Yves BONNEFOY – Philippe BORGEAUD – Jorge Luis BORGES – Italo CALVINO – Paul CELAN – Michel CHODKIEWICZ – Antoine COMPAGNON – Hubert DAMISCH – Luc DARDENNE – Michel DEGUY – Daniele DEL GIUDICE – Milad DOUEIHI – Alain FLEISCHER – Lydia FLEM – Nadine FRESCO – François HARTOG – Jacques LEBRUN – Nicole LORAUX – Patrice LORAUX – Charles MALAMOUD – Michel PASTOUREAU – Georges PEREC – J.-B. PONTALIS – Jean POUILLON – Jérôme PRIEUR – Jacques RANCIERE – Jacqueline RISSET – Denis ROCHE – Olivier ROLIN – Charles ROSEN – David SHULMAN – Jean STAROBINSKI – Anne-Lise STERN – Antonio TABUCCHI – Emmanuel TERRAY – Jean-Pierre VERNANT – Nathan WACHTEL – Catherine WEINBERGER-THOMAS – Natalie ZEMON DAVIS