Register

Connexion

LE BONHEUR DE LIRE N’EST PAS OBLIGATOIRE

Catherine WEINBERGER-THOMAS, Cendres d’immortalité. La crémation des veuves en Inde

La tradition indienne les exalte. On les appelle les satîs : elles  se brûlent vives sur le bûcher funéraire de leur mari. De Strabon  à Jules Verne, aucun rite indien n’a autant fasciné les étrangers.  Mais de quoi s’agit-il ? Que se passe-t-il lorsque la satî, parée  comme au jour de ses noces, s’apprête à célébrer un mariage  de cendres ? Suivant son mari jusque dans la mort, l’épouse  vertueuse veut-elle offrir en spectacle rituel sa fidélité absolue,  le sacrifice de soi comme preuve de son amour inconditionnel ?  Renonçant au monde des apparences et à une forme illusoire du Soi, la satî aspire-t-elle à l’immortalité gagnée par la mort  volontaire? Par quelles voies l’amour conjugal croise-t-il ainsi  sa destinée avec la mort volontaire – et faut-il parler ici d’un sacrifice, d’un suicide ou d’un meurtre ?

Depuis la fin du XVIIIe siècle, la crémation des veuves est  au centre d’un débat juridique et religieux qui déchaîne les passions en Grande-Bretagne et en Inde. L’ancienne puissance  coloniale avait interdit « l’exécrable coutume » en 1829, sans  parvenir à l’abolir complètement. Le tollé provoqué par l’immolation de Rup Kanvar, à Deorala, au Rajasthan, en  septembre 1987, donne la mesure des contradictions politicoreligieuses que traverse l’Inde démocratique en cette fin de  XXe siècle.

Parce qu’elle a mené ses enquêtes sur le terrain, au cours  de missions répétées en Inde entre 1978 et 1993, Catherine  Weinberger-Thomas permet de comprendre ce que fut et  demeure jusqu’aujourd’hui un système de croyances, ce que  peut signifier le symbolisme religieux, social et politique des satîs,  ces veuves sanctifiées par les flammes d’un bûcher d’immortalité.

1996, 336 pages.

Comments are closed.