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LE BONHEUR DE LIRE N’EST PAS OBLIGATOIRE

Francis SCHMIDT – La Pensée du Temple. De Jérusalem à Qoumrân

Longtemps le judaïsme ancien fut considéré comme une  préparation au christianisme ; les manuscrits de Qoumrân ont  d’abord été lus comme les premiers balbutiements d’un évangile  naissant. Plus de quarante ans après les découvertes de la mer  Morte, l’archéologie et l’étude scrupuleuse des textes rendent  caduque une vision « christianocentrée » de l’histoire du judaïsme.

Quand la société juive est confrontée à la colonisation grecque  et à la puissance romaine, son identité est en crise, le lien social  menace de rompre. Pourtant, si l’on fait le choix de l’histoire  lente et des structures profondes, si, par-delà les élites politiques  et les scribes, on interroge les anonymes et les sans-grade, alors  parmi les institutions qui maintiennent la cohésion sociale apparaît en premier lieu le Temple : non seulement le Temple comme  édifice, avec ses prêtres et ses pèlerins, sa police et ses cuisines ;  mais aussi le Temple comme pensée, avec ses catégories du pur  et de l’impur, du sacré et du profane, qui s’étendent au-delà des  limites du sanctuaire à l’ensemble du pays, de l’autel sacrificiel  jusqu’aux tables quotidiennes.

Les premiers à avoir définitivement rompu avec l’institution  et les rites qui faisaient le socle de l’identité juive ne sont ni les  esséniens de Qoumrân ni Jésus et les convertis du judaïsme, mais  Paul et les chrétiens de la gentilité.

Ce qui prend fin le 29 août 70, quand le vent de l’histoire  souffle en tempête, quand traditions et coutumes sont brisées, c’est  le Temple de Jérusalem comme lieu de rassemblement de tout  le peuple juif. Mais au-delà de cette fin, quand se reforme le  judaïsme, demeure la pensée du Temple.

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