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LE BONHEUR DE LIRE N’EST PAS OBLIGATOIRE

Jean STAROBINSKI – Les Enchanteresses

Dessins de Karl-Ernst Herrmann

C’est folie de croire au merveilleux, si l’on a tiré la leçon  des mésaventures de Don Quichotte. Pourtant le goût du  merveilleux a persévéré, pour le plaisir du spectacle. En s’alliant à la musique, en faisant appel aux fables anciennes et  aux conventions du théâtre, la poésie a inventé un nouvel  espace de fiction : l’opéra. Toutes les figures du désir et de  l’égarement passionnel peuvent y être jouées et déjouées.  Toutes les autorités aussi peuvent y être mises en péril. Les  enchanteresses tiennent sous leur dénomination les héros  qu’elles ont dévoyés. Mais leur triomphe ne dure pas. Elles  sont les incarnations de l’art qui multiplie les plaisirs et qui  sait aussi combien sa souveraineté est précaire.

C’est en écoutant les enchanteresses que Jean Starobinski  va à la rencontre de quelques auditeurs à l’exigence inquiète : Rousseau, Stendhal, Hoffmann, Balzac, et Nietzsche. De  ses lectures, l’auteur revient chargé de découvertes intellectuelles éclairantes. Et de quelques problèmes.

Le dix-neuvième siècle romantique a-t-il voulu retrouver  une vision religieuse du monde que les Lumières du siècle  précédent avaient cherché à supplanter? L’air d’opéra, qui  soulève tant de passions, apparaît bien comme le lieu des  transferts du sacré à l’expérience la plus intime de soi, parfois aussi aux appartenances nationales. Or à la sacralisation  de l’art correspond en retour une esthétisation du religieux,  phénomène complexe qui ne cesse de se manifester sous  nos yeux, avec des conséquences parfois inquiétantes. Les  lecteurs sentiront que les enjeux esthétiques évoqués dans  ce livre intéressent de près l’évolution des sociétés modernes  « avancées ».

2005, 271 pages.

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