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LE BONHEUR DE LIRE N’EST PAS OBLIGATOIRE

Michel SCHNEIDER – Baudelaire. Les années profondes

Baudelaire avait la passion des images et l’amour des  portraits. On trouvera ici ceux qu’il fit des peintres, des photographes et des écrivains de son temps. Ceux qu’ils firent  de lui, en miroir. Ceux qu’il achetait et revendait, et celui de  son père, qu’il traîna toute sa vie. Un seul portrait manque :  celui de lui-même, qu’il n’écrivit pas. Cet impossible portrait hante tout son oeuvre. L’homme aux images ne put  peindre la sienne propre.

Rien n’eût été plus odieux à Baudelaire qu’un retour  sur soi. Les années profondes ne sont pas les jeunes, les  belles. Inscrites non dans la mémoire, mais dans le récit,  elles sont le temps perdu, le temps regardé, le temps où il passait son temps à regarder, à ne pas écrire. Les années vers lesquelles il ne peut revenir qu’en images, pas en pensée. « La  pensée du passé est une pensée qui rend fou », écrivit-il un  jour à sa mère.

Voici Baudelaire, « toujours voyageant à travers le grand  désert d’hommes », marchant parmi les tableaux et les mots,  puis, à l’heure où les autres dorment, penché sur sa table,  s’escrimant jusqu’à ce que « les choses renaissent du papier ».

1994, 192 pages.

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