La Librairie du XXIe siècle

Collection dirigée par Maurice Olender aux éditions du Seuil

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Yves Bonnefoy – L’Hésitation d’Hamlet et la Décision de Shakespeare

novembre 2015 · Pas de commentaire

Nous venons d’entendre à travers toute la fin d’ Hamlet un « trop tard » qui semble avoir sens pour toute existence moderne.
Et nous avons donc maintenant à nous demander si ce « trop tard » est bien le constat ultime de l’œuvre, ce foisonnement de significations dont le fond serait seulement cette assertion du non-sens, désespérante. Question inquiète, sur cette plus radicale des réflexions de Shakespeare, et qui fait comprendre, en tout cas, pourquoi Hamlet a si évidemment fasciné, et de plus en plus à mesure que le dehors des phénomènes de la matière se fait davantage l’étouffement des espérances naïves. Comment ne pas se regarder dans un miroir que l’on pressent véridique ?
Shakespeare domine notre pensée parce que cette pensée s’alarme. Mais n’apporte-t‐il, et même dans Hamlet, que des provisions pour l’effroi ? Dans cette tragédie du vouloir être manqué, est-il vrai que les ambiguïtés de la signification ne se totalisent que sans laisser de place à une espérance de sens ? Je ne le pense pas. Je crois pouvoir constater qu’ Hamlet, c’est en fin de compte bien davantage. J’aperçois une dimension de plus, sous-jacente à toutes les autres, dans cette méditation qui avant d’être le texte que nous avons fut une écriture en devenir et le reste.
Y. B.

Nous venons d’entendre à travers toute la fin d’ Hamlet un « trop tard » qui semble avoir sens pour toute existence moderne.

Et nous avons donc maintenant à nous demander si ce « trop tard » est bien le constat ultime de l’œuvre, ce foisonnement de significations dont le fond serait seulement cette assertion du non-sens, désespérante. Question inquiète, sur cette plus radicale des réflexions de Shakespeare, et qui fait comprendre, en tout cas, pourquoi Hamlet a si évidemment fasciné, et de plus en plus à mesure que le dehors des phénomènes de la matière se fait davantage l’étouffement des espérances naïves. Comment ne pas se regarder dans un miroir que l’on pressent véridique ?

Shakespeare domine notre pensée parce que cette pensée s’alarme. Mais n’apporte-t‐il, et même dans Hamlet, que des provisions pour l’effroi ? Dans cette tragédie du vouloir être manqué, est-il vrai que les ambiguïtés de la signification ne se totalisent que sans laisser de place à une espérance de sens ? Je ne le pense pas. Je crois pouvoir constater qu’ Hamlet, c’est en fin de compte bien davantage. J’aperçois une dimension de plus, sous-jacente à toutes les autres, dans cette méditation qui avant d’être le texte que nous avons fut une écriture en devenir et le reste.

Y. B.

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